Sevrage contradictoire

Elle est partie. Te v’là, tout fin seul dans le fond de ton lit. Des draps de coton, c’est fait pour être partagé, sinon, c’est froid.

Elle est partie comme ça, comme un coup de vent. Tu t’y attendais, mais t’as tout de même mal. Se prépare-t-on vraiment à souffrir? Elle t’a laissé, sans te donner d’explications. « J’étouffe » qu’elle a murmuré avant de reprendre ses choses, de claquer la porte de ton appartement et de partir.

Elle est partie.

Ça fait deux heures qu’elle t’a laissé, mais t’es toujours couché de son côté du lit. Elle dormait toujours du côté de la porte, sûrement pour être certaine de pouvoir s’enfuir rapidement quand ça allait devenir trop sérieux.

Toi, tu n’avais pas peur du sérieux. Tu l’aimais. Dès que tu l’as vu, t’as su que tu l’aimais. Elle avait cette façon d’être timide qui la rendait irrésistible. Elle était tellement maladroite. Chacun de ses gestes était de trop, tu trouvais ça cute. Tu ne te doutais pas qu’elle te détestait profondément.

T’as voulu croire que ça passerait. Que sa tristesse partirait comme la neige grise au printemps. Tu t’es dit qu’elle finirait par t’aimer, qu’elle allait comprendre que vous étiez fait l’un pour l’autre. Parce que oui, votre histoire d’amour était écrite dans le ciel.

Maintenant, tu te demandes comment tu vas faire pour continuer sans elle. Tu ne penses pas que tu vas pouvoir faire un pas de plus avec ce gros trou dans l’abdomen. Elle était ta drogue et on vient de te l’enlever. Tu penses à te laisser pourrir dans ton appartement crasse. Un déchet de plus ou de moins, ça ne change rien.

***

T’es partie. Tu l’as laissé seul, dans le fond de son lit. Tu n’as jamais aimé son lit, des draps de coton, c’est beaucoup trop froid.

Tu n’étais plus capable. Plus capable de supporter son souffle dans le creux de ton coup. Il fallait que tu partes, sinon, t’allais craquer. Tu lui as murmuré des excuses, t’as pris ta brosse à dents, t’as claqué la porte et t’as lancé ta brosse à dents au bout de tes bras.

T’es partie.

Ça fait deux heures et tu te sens déjà revivre. Il t’étouffait. Il finissait tes phrases, te faisait à déjeuner et lavait tes vêtements. Tu ne l’aimais pas. Tu l’aimais comme on aime un cousin, une fois à Noël. Avec lui, c’était Noël à l’année. Vous n’étiez pas compatibles, ce n’était pas naturel.

Maintenant, tu te retrouves. Tu retrouves ton souffle. Tu te promets de ne plus jamais laisser quelqu’un t’empoissonner comme ça. Tu décides de continuer toute seule, forte et fière. Depuis tes 18 ans, tu fais ce que tu veux, sans demander la permission de personne. Cette liberté t’a manqué, c’est ta drogue, tu ne peux pas vivre sans elle. Tu te promets de ne plus jamais laisser quelqu’un la reprendre. Des promesses, c’est fait pour être brisé, mais pas celles-là. Ta nouvelle vie commence.

Sans rancune, les amoureux déchus.

Chloé