Mon pays, ce n’est pas un pays

«Je ne suis pas de ceux qui font voler les drapeaux. Moi, je préfère appartenir à la terre, au ciel et à l’eau.» Ces paroles, Xavier Caféine les chantait dans sa chanson Les corbeaux. Moi non plus, je n’ai jamais vraiment compris ça, le patriotisme.

Je ne comprends pas comment un tit cul de 20 ans peut décider, au nom de son pays, d’en détruire un autre à grand coup de bombes. Comment peux-tu détruire plusieurs vies au nom de la liberté de ton voisin que tu ne connais probablement même pas?

On va se dire les vraies choses. Ton pays, c’est la loterie de la vie qui te l’a accordé. Tu n’as eu aucun mot à dire là-dessus. Un beau jour, t’es sorti d’un grand trou noir pis t’as atterri dans ton pays. Ton pays libre et riche qui vénère les gens comme toi. L’histoire de ton pays ne te définit pas. Le passé de millions de personnes ne fait pas de toi une meilleure personne. Pense à ça, la prochaine fois que t’auras envie de sauver ton pays. Rappelle-toi que t’es juste chanceux.

Même chose du côté du sport. Je ne comprends toujours pas pourquoi on est si fier lorsqu’un athlète de notre pays remporte une médaille. On peut ressentir de la joie, ça, c’est certain. Voir une personne qui fait tant d’effort être récompensée, c’est merveilleux. Mais t’sais, la p’tite Rochette, quand elle a gagné sa médaille aux Jeux olympiques de 2010, elle aurait pu venir du Pérou, de l’Allemagne ou de la Malaisie, j’aurais été aussi contente. On n’a pas à ressentir une plus grande joie parce qu’elle avait une feuille d’érable brodée sur son maillot. Ces athlètes réalisent le rêve d’une vie pendant que tu as du mépris pour les autres parce qu’ils n’habitent pas de ton pays.

Bon, bon, bon. OK, je mets cartes sur table. Je suis moi-même souvent fière de crier haut et fort que je suis acadienne. Je l’avoue, je l’aime mon Acadie. Mon coin de pays a une histoire incroyable qui mérite d’être entendue. Les Acadiens ont toujours su faire preuve d’une grande force et d’une résilience qui mérite d’être soulignée. Souvent, je ressens ce puissant besoin de toucher la mer et de sentir son vent salé. Je suis une fille de la mer, après tout.

Malgré ce grand attachement, je ne ressens pas le besoin d’y poser mes valises et d’y faire ma vie. L’Acadie fait partie de moi, peu importe où je me trouve. Je l’ai quitté il y a presque 10 ans. J’ai ensuite vécu à Québec quelques années et maintenant, j’habite Montréal.

J’ai vécu de beaux moments dans chacune de ces villes. J’y ai connu des gens importants qui ont changé ma vie. Pourtant, partir ne m’a jamais fait peur. Je m’attache rarement à un endroit, mais plutôt à des personnes.

Il y a quelques années, je me suis fait tatouer une mappemonde sur l’épaule. Je voulais alors me rappeler qu’à un certain moment, j’ai eu envie de faire le tour du monde. J’ai eu envie de me rappeler que je ne serai jamais seule, toujours accompagnée de quelques milliards d’autres personnes. Des gens comme moi, qui ont grandi dans un autre coin du monde, tout simplement.

Et si on arrêtait de glorifier les barrières et qu’on tentait d’apprendre à aimer son prochain. Utopique, me direz-vous? Probablement.

Sans rancune, Joannie Rochette. T’as fait de très belles pirouettes.

 

La référence :