L’exclusivité par défaut?

Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants! Cette phrase là termine beaucoup trop de contes pour enfants et débute que trop peu d’articles de blog. Comme si ce qu’on apprenait aux enfants est que le bonheur absolu, celui auquel on aspire tous, est de trouver «The personne» parfaite, faire sa vie avec elle et évidemment fonder une famille. Dans un nombre fou de comédies romantiques, un des personnages est déchiré entre deux «prospects» amoureux et l’intrigue repose souvent sur l’éventuel choix du ou de la protagoniste. Dans une société où les couples qui durent se font rares, la culture pop propose encore aujourd’hui toujours la bonne vieille ode à la monogamie.

QUOI GUILLAUME TU NE CROIS PAS À L’AMOUR????

Bien sûr que oui, justement je crois tellement à l’amour que personnellement j’ai beaucoup de difficulté à me voir le limiter, le contrôler et le conserver que pour une seule personne. Mon malaise face à l’exclusivité amoureuse remonte quand même à loin. Assez jeune, avant même de rencontrer ma première copine avec qui je suis toujours (ça fait 9 ans, just sayin), je savais que la monogamie ne serait pas viable dans ma vie. C’est quand même étrange considérant que c’est tout ce que je connaissais comme modèle. Peut-être que l’ado à la confiance chambranlante que j’étais pensait que personne ne pourrait aimer que sa personne toute sa vie. Peut-être que l’ado à la libido naissante et à la curiosité infini que j’étais aussi, s’est dit qu’il ne se contenterait sûrement jamais que d’un seul autre être sexué. Peu importe, aujourd’hui je sais que quand j’aime une personne, je veux trop son bien pour ne la garder que pour moi. Le fait que nous soyons encore ensemble sans promesse d’exclusivité, est en soi une preuve d’amour qui parle d’elle-même.

Cependant mon malaise est loin d’être mort. J’ai encore l’impression de devoir faire un micro coming out (ce texte en est un, entre autres) quand j’ai le goût de parler d’une des mes fréquentations/amoureuses à quelqu’un de mon entourage qui assume que tous les couples sont monogames, donc que par déduction, le mien aussi. Une de mes bonnes connaissances à qui j’ai déjà présenté en bonne et due forme une fréquentation du moment, a cru du coup que j’étais en train de lui avouer mon adultère. Sur le coup c’est une drôle d’anecdote, mais en repensant à ça je trouvais ça vraiment intense qu’à cause de son idée du couple à lui, il imaginait tout de suite que le pire était en train d’arriver et qu’en plus, je le liais à ma double-vie d’homme infidèle.

Je pense qu’on est encore loin de voir à la tv une sitcom sur un couple polyamoureux du Mile-end, ou une réécriture de Cendrillon où elle perd ses deux souliers (donc elle se ramasse avec 2 princes.) Mais de voir la popularité d’une série comme Sense8, où l’on nous fait réfléchir sur nos rapports entre les humains, me donne beaucoup d’espoir.

Sans rancune la culture pop, mais j’ai hâte au conte qui va finir par:

Ils s’aimèrent, vécurent heureux et eurent plusieurs amants.

Guillaume Baron