Lettre à Hannah Baker

Salut Hannah, moi c’est Chloé.

On ne se connait pas vraiment. Je fais partie de ces quelques millions de personnes qui ont regardé ton histoire. J’ai écouté les 13 épisodes. J’ai entendu des parcelles des 13 cassettes expliquant pourquoi t’as commis l’acte. L’acte fatidique, irréversible, impardonnable. Je t’ai vu, flotté dans un bain rouge sang.

Maudit que ça m’a brassé. Ça fait plus qu’un mois de ça, pis j’y pense encore. Je suis toujours aussi choquée, aussi bouleversée. Je te comprends, Hannah, mais il fallait pas faire ça. Je t’imagine encore, avec ta lame de rasoir. J’aurais préféré ne pas voir ce bout-là, je l’avoue. Je suis un peu trop sensible à tout ça.

T’as mis fin à tes jours pour plusieurs raisons. Une accumulation d’actes parfois banals, parfois trop ruff pour une ado de 16 ans. T’étais si intelligente, si belle et vive d’esprit. J’aurais aimé que tu te voies dans nos yeux à nous. J’aurais aimé que tu puisses obtenir l’aide que t’avais besoin pour passer à travers de ce bout de ta vie. Ce bout de chemin cauchemardesque. J’aurais aimé que tu puisses te relever, parce que tu croyais en toi.

Mais pourquoi donc, Hannah? Pourquoi ça me bouleverse à ce point là? Pourquoi j’ai versé autant de larmes en écoutant ton histoire. C’est des questions bien légitimes, je l’avoue.

C’est parce que ton histoire, ça pourrait être celle de plusieurs autres ados. Des gars, des filles pour qui c’est impossible de continuer. Ces ados qui tendent parfois les bras, sans recevoir l’aide nécessaire.

J’imagine que c’est encore pire maintenant, au 21e siècle. Ça doit être difficile de grandir à l’air des médias sociaux.

Les maudits médias sociaux.

On vit dans un monde vicieux. Un monde où le plus fort l’emporte beaucoup trop souvent sur le plus faible. Où les plus faux remportent souvent plus de likes que les plus vrais.

On a le luxe maintenant de ne montrer que le plus beau. De cacher toutes les bibittes de nos vies. Pourtant, tout le monde a des bibittes. Mais on continue de se comparer aux autres. Même si ça nous ronge par en dedans, même si ça détruit peu à peu les petits bouts d’amour propre qu’on avait réussi à coller ensemble.

Ça doit être pire au secondaire. Cet endroit où la différence fait souvent jaser. C’est dans les couloirs des écoles secondaires que c’est le plus difficile de se tenir droit. De dire non, ou de dire oui, mais de s’écouter. C’est souvent plus facile de faire comme les autres, de suivre la masse. Ce qu’on est prêt à faire pour se faire aimer… On est prêt à mettre de côté qui on est réellement pour se fondre aux autres. Pour côtoyer les big shots du secondaire.

Si seulement les jeunes filles et les jeunes garçons avaient les outils nécessaires pour se bâtir et pour apprendre à s’aimer. Si seulement on leur permettait d’apprendre à se connaitre à travers des initiatives stimulantes. On devrait leur confier des responsabilités, les stimuler et croire en eux. Pour enfin, leur permettre de croire en eux.

Sans rancune, Hannah, je le sais que tu n’es pas vraiment morte.

Chloé