L’estime ne s’estime pas

Quand Michael m’a approché pour être leur collaboratrice invitée, j’ai tout de suite accepté. J’étais vraiment touchée que quelqu’un me fasse confiance. En fait, j’en étais surtout surprise. Quelqu’un semble croire que j’aurais quelque chose à apporter. Encore mieux, il me propose d’écrire! J’aime vraiment écrire mais j’ai du mal à le faire spontanément et sans raison. Trop souvent j’écris par nécessité. J’étais donc très contente de participer à ce projet qui est pile dans mes intérêts. Quelques secondes après lui avoir envoyé ma confirmation, je me suis mise à stresser. Pire que ça, j’ai commencé à me remettre en question. Mais bon, c’est la routine chez moi. Est-ce que je serai à la hauteur? Suis-je intéressante? Est-ce que j’ai vraiment quelque chose à dire? Je pense pas non. Et même si j’avais quelque chose à dire, je pense pas que je serais capable de le mettre en mots qui seraient agréables à lire. Vous en êtes avertis.

En plus, il fallait que je choisisse le thème qui sera abordé par tous, moi y comprise. De quoi je peux bien parler moi? J’aime bien la mode. Je pourrais parler de mode. Quoique je ne m’y connais pas tant que ça. J’ai abandonné la technique en design de mode après une session. Mais je pourrais parler du fait que je suis toujours incapable de porter du noir et du bleu marine dans un même outfit. Parlant d’outfit. Tout, absolument tout ce qui le compose se doit être assorti. Je ne pense pas que je pourrais quitter mon appart’ avec des bas beiges si je porte du blanc. Ou encore si je porte plus de quatre couleurs à la fois. Ah et il y a aussi cette bien fâcheuse habitude, ou plutôt manie, que j’ai de me changer plus de trois fois avant d’oser sortir de chez moi. En fait, je ne peux pas aller à l’épicerie sans passer au moins cinq fois devant le miroir. Trop souvent j’ai décidé de ne pas sortir voir des amis parce que je me trouvais trop laide dans tout ce que j’essayais. Ça, combiné au fait que de toute façon, je n’aurais sûrement pas grand chose à leur dire d’intéressant. Je ne comprends pas vraiment pourquoi j’ai des amis. Est-ce qu’ils me trouvent vraiment agréable? Il me semble qu’ils m’apportent tellement plus que moi je leur apporte.

Ok je pense que j’aurais quelque chose à dire sur l’estime. Il me semble prudent de dire que l’estime est au cœur de la majorité de mes problèmes. Je ne crois pas pouvoir vous en apprendre sur l’estime de soi. Je ne me vois pas faire la leçon à quiconque à ce sujet. Il serait plus envisageable que moi je prenne une leçon sur l’estime de soi. Mais peut-être que je peux au moins essayer de partager ce que je vis. Pour ma part, j’aime souvent savoir que je ne suis pas seule. Faque ouin, j’ai décidé de me livrer.

Je peux admettre sans avoir peur de me tromper que j’ai du mal à m’aimer comme je suis. Ce qui est drôle, c’est que je me rends compte que je ne sais même pas vraiment qui je suis. J’essaie tellement d’être plus ou moins ceci ou cela, que j’oublie l’équilibre qui est le mien entre tous ces ceci et ces cela. Je trouve ça bien plus facile de me cacher que d’assumer qui je suis.

« Heille tu dois pas manquer d’estime toi hein pour faire ce que tu fais! »

Erreur. Ce n’est pas parce que je fais des blagues improvisées ou écrites sur la scène d’un bar, que j’estime ce que je fais ou ce que je suis. En fait, c’est même plutôt parce que je n’estime pas ce que je fais et ce que je suis que je fais de l’improvisation et des blagues. J’ai besoin d’une reconnaissance. C’est comme si je savais qu’elle ne viendra pas de moi.

J’ai beaucoup de rêves. Certains ne sont pas réalistes. Par exemple, celui de vivre sur Paris, d’avoir un condo à New York et un chalet en Suède, en même temps dans une même vie. J’avoue que j’y crois de moins en moins. Il y a cependant un rêve que je caresse plus que tous les autres. Je me dis qu’il n’est peut-être pas si irréaliste que ça. Je rêve du jour où je pourrais me dire : « Sans rancune Raf. Sois juste toi. »

Rafaële Bolduc