L’échec pour une nouvelle vie

Depuis plusieurs années, je vis d’animation, de théâtre et d’humour. Une vie pas si facile qui vient avec des difficultés à me projeter à moyen et long terme. Au moins, je fais ce que j’aime et c’est ce qui m’importe. Aucunement planifiée, cette vie artistique s’est pointée dans ma vie à la suite de mon premier gros échec. Avant de vous en parler, je dois vous expliquer le contexte.

Le sport national de mon pays d’origine, c’est le soccer. Depuis mon tout jeune âge, j’y ai joué. Certains diront que j’avais du talent, d’autres que j’avais un père vraiment insistant.
Pour vous donner une idée, on m’a déjà expulsé d’une équipe de soccer parce que mon père a dit sa façon de penser au coach.

Là, ne pensez pas que mon paternel est ce fou des estrades qui projette ses échecs personnels sur le loisir de son fils. Au contraire, c’est un ancien entraineur qui n’acceptait pas de voir un wannabe-coach utiliser un système punitif plutôt qu’enseigner les techniques de base à des enfants de 12 ans.

Bref, le soccer était ma passion, mais surtout celui de mon père. Jeune, c’était l’un des bons liens que j’avais avec mon géniteur. C’est pour ça que j’aimais pratiquer ce sport.

En vieillissant, cette passion m’a amené à choisir une école secondaire privée où commençait un nouveau programme de Sport-études volet soccer. Je ne vous nommerais pas l’institution, mais si vous écoutez La soirée est encore jeune, on parle du même séminaire fréquenté par Fred Savard.

Comme il s’agissait d’un nouveau volet, l’école a eu la sagesse de s’inscrire dans les ligues intersecondaires. Pendant nos 4 premières années, notre équipe a torché des culs. On était vraiment bons. Les succès de l’équipe ont permis de décorer les murs du gymnase de banderoles. Notre équipe était soudée, nous étions avant tout des amis qui s’encourageaient.

Durant la 5e année et dernière année de mon secondaire, l’équipe s’est qualifiée au tournoi provincial. C’était quelque chose d’énorme. On en a entendu parler par tout le monde. Le nom de l’école était alors reconnu.

C’était devenu tellement gros que la réputation du séminaire passait avant la chimie d’une équipe de jeunes qui ont vu la pluie et le beau temps pendant 5 ans. C’est pourquoi les coachs décident de construire une nouvelle monture avec les meilleurs joueurs des autres années.

Résultat : après 5 ans à représenter le séminaire, 2 joueurs n’ont pas vécu à cette expérience… pour le bien de l’école. Je faisais malheureusement partie de ce lot. Une déception m’envahit le corps, mon estime en prend un coup, mais ce que je n’avais pas compris, c’est que c’était seulement ma première tape dans la face.

Quelques semaines passent, je digère malgré moi ce rejet…

Attends. Qu’est ce que je vois à l’horizon? Une deuxième tape dans la face.
Parmi les 2 joueurs exclus, les coachs reviennent sur leur décision et ils en ramènent un. L’autre. Bref, je suis le seul rejeté. Bah… C’est correct… Ce n’est pas SI grave… C’est juste du soccer… câlisse!

J’ai dû souhaiter bonne chance à mon équipe, tous mes amis, et les voir quitter en autobus vers le tournoi secondaire le plus important.

En parallèle, durant notre cours d’art dramatique, le professeur propose à un étudiant de faire la mise en scène de la pièce des finissants. Après le rejet du soccer, j’y pensais sérieusement, mais il me manquait une p’tite poussée.
En revenant du tournoi provincial, j’ai appris que l’équipe du séminaire n’était pas dans les favoris au début du tournoi. Elle était classée 16e sur 16. C’est normal, c’est une première présence. Toutefois, l’équipe a tellement bien performé qu’elle a terminé en 3e position.
Tous mes amis et les coachs reviennent motivés et fiers d’une réussite dont on m’a exclue. La troisième tape dans la face. J’en ai entendu parler le restant de mon secondaire.

Cette tape a fait mal, très mal. Beaucoup de reflux. Après avoir digéré le plus gros du bouillon de cette troisième tape, j’ai cogné la porte du bureau de mon professeur d’art dramatique et je n’ai plus jamais regardé derrière.

Ce qu’il me manquait pour accepter l’offre de ma prof, j’ai compris plus tard qu’il s’agissait de cette troisième tape dans la face.
Cet échec a fragilisé mon estime, mais il m’a ouvert la porte vers ce que j’aime vraiment faire.

Sans rancune, ma vie sportive.

Mike