Le souper est prêt

Le soleil s’éteint tranquillement vers l’ouest activant simultanément les grandes veilleuses des rues de banlieue.

Le lampadaire situé devant le 94, de la Sapinière est dû pour un entretien, puisque son mode stroboscopique des derniers jours ne favorise pas le sommeil réparateur.

Pour l’instant, ce problème ne dérange pas le père dans le bungalow du 94 parce que sa liste de priorité contient actuellement qu’une seule chose; MANGER.

Tout est prêt, il ne manque que les enfants pour entamer le repas.

La porte-patio s’entrouvre pour donner naissance à la tête de l’homme qui balaye du regard la cour extérieure à la recherche de son fils qui s’amuse dans l’herbe (ouin, on est dans les années 90).

Il l’aperçoit agenouillé, les coudes sur les cuisses, les mains sur le front et un ballon de soccer Lotto à deux pieds de lui.

Voyant l’état mélancolique de son enfant, l’homme tente une première approche :

-VIENS SOUPER!

Rien.
Aucune réaction.
Il réessaye.

-VIENS SOUPER C’EST LA DERNIÈRE FOIS QUE JE TE LE DIS!

Toujours rien.

Le souper devra attendre, quelque chose tracasse l’enfant.

Avant d’aller le rejoindre, le père décide d’aller mettre ses pantoufles avec une semelle rigide. Ce choix peut paraitre banal, mais ô combien pertinent!
Il sait très bien que le caoutchouc des galoches empêche l’humidité de la nature de pénétrer jusqu’aux pieds.
Il n’y a rien de pire que d’avoir les pieds mouillés.
RIEN.
(Vous pensez surement à quelque chose de pire, OK…maintenant, pensez-y avec les pieds mouillés. C’EST PIRE!)

En voyant son père s’approcher, l’enfant s’assoit en indien et il commence une séance de «boudage». Cette séance n’est pas la première. Il sait que son père dira la phrase suivante:

– Qu’est ce qu’il y a ?
– J’suis pas capable.
– Pas capable de quoi?
– De faire comme toi avec le ballon.
– Ça fait des années que je joue au soccer, c’est normal!
– J’vais jamais être capable.
– Dis pas ça.
– C’est vrai, jamais je vais frapper le ballon dans l’air comme toi.
– C’est correct de rater. Tu ne dois pas faire quelque chose en ayant peur d’échouer. Le seul échec qui existe est celui que tu t’attribues. Échouer n’est pas un échec, au contraire c’est une expérience supplémentaire dans le but de réussir. Peu importe ce qui t’arrive dans la vie, il faut que t’aies confiance en tes moyens, ton potentiel et ta capacité d’apprendre. Si tu ne crois pas en toi, personne ne le fera à ta place.
– Papa…
– Ce qui doit te motiver c’est les mots «j’suis pas capable». Chaque fois que tu penses à ça, fonce. Prouve-toi le contraire. Si tu laisses tes peurs te restreindre, tu resteras toujours au même endroit. Jamais tu n’évolueras en tant personne. Tu dois te faire confiance.
– Papa, merci beaucoup d’être venu me parler, mais j’ai rien compris!
– Sans rancune fiston, les pizzas pochettes sont prêtes!

Mike

 


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