La théorie du frais chié

Tantôt j’ai eu l’air d’un cave.
Encore.
C’est la faute de personne.
Je me suis infligé cette impression.
Je suis l’autodidacte d’avoir l’air cave.

J’étais dans un bar après un spectacle et il ne s’est rien passé.
Vraiment rien passé.

[…]

Je pratique un passe-temps.
Comme tout le monde, j’investis une partie de ma vie dans une discipline pour me permettre d’apprécier davantage les autres moments de mon existence.
En vieillissant, nos passe-temps changent. C’est normal, nos champs d’intérêt évoluent.
Je me rappelle qu’au secondaire, j’aimais Britney Spears.
Sa carrière, bien sûr!
J’écoutais en boucle le vidéoclip de sa toune Toxic.
C’était mon clip préféré surtout parce qu’il y avait un contrôle parental sur l’ordinateur familial.
Avec le temps, mon intérêt pour Britney s’est effrité.
Je ne pourrais te dire quand mon désengagement a commencé, mais j’ai arrêté d’y accorder de l’importance pour ne pas m’intoxiquer la vie (Leave Britney alone!).

Peu importe le passe-temps que tu as, je suis dans le regret de t’annoncer qu’il y a quelqu’un de meilleur que toi pour le faire.
Pis, c’est correct!
Il le faut même.
On a besoin d’un modèle pour s’améliorer.
D’un «préféré» à qui se rattacher pour se motiver.

Moi, je pratique l’art de la scène sous plusieurs formes : le théâtre, l’humour, l’improvisation et l’animation.
Dans chacune d’entre elles, il y a des gens que j’aime voir performer.
Je suis tout sauf indifférent à leur talent.
Ils pratiquent ma discipline et il me donne l’impression que c’est facile.
Ils sont à la limite d’être frais chié tellement ils ont l’air d’avoir une assurance inébranlable

Ce qui me fait revenir sur ma capacité d’être un cave.
D’être incapable d’être moi-même devant une personne que j’admire.
Sans même la connaitre, je place cette personne sur un piédestal.
Je la range moi-même dans un tiroir, celui que j’appelle «vedette».
Pourtant, c’est un être humain, comme vous et moi.
Il vit les mêmes tracas et il fait les mêmes cacas mous de stress avant un spectacle.
Il doit même vivre cette attente à la performance.

Bref, je suis assis au bar après un spectacle et l’un de mes «préférés» vient s’assoir à côté de moi pour se commander une bière.

Ma gêne me paralyse.
Elle m’empêche de lui envoyer mes félicitations parce que je me dis:
«Tout le monde doit lui dire, il doit être tanné.»
Je le regarde.
Il me voit.
Je lui fais un petit sourire de cave.
Osti, j’suis cave.
Je ne dis rien.
Je te l’avais dit au début qu’il ne c’était rien passé.
Si t’avais des attentes, ben c’est de ta faute.

C’est alors qu’une troisième personne se rajoute à notre conversation : le malaise.

Après quelques minutes de silence, l’artiste se retourne vers moi et me dit :
-Hey, dis-moi, as-tu vu le spectacle?
-Oui, j’étais là
-Pis c’était comment?
-J’ai vraiment aimé. Ce fut une très belle soirée!
-Merci! … Ça fait du bien à entendre. J’étais ben gros stressé.
-Pourtant, ça pas paru, t’avais l’air très à l’aise sur scène.
-Tu fais ma soirée… J’avais l’air d’être en contrôle de mes moyens, mais, en réalité, je pissais dans mes shorts.

J’avais raison, c’est un être humain!
Surtout qu’il rajoute : «Tu peux avoir de l’assurance dans toutes les actions que tu poses, mais c’est le fait de t’inquiéter du résultat qui t’empêche d’être frais chié.»

Sans rancune, les frais chiés!

Mike

 


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