Introspection d’un rôdeur

(À lire avec l’une des trames sonores suivantes. Ici, ici ou ici)

J’étais un elfe niveau 9

Rôdeur (comme Aragorn dans le Seigneur des Anneaux)

Mes compagnons d’aventures étaient d’habiles guerriers du même niveau que moi

Nous étions dans une grotte profonde et nauséabonde qui menait, à travers un labyrinthe de danger, jusqu’au Roi des orques (dont le nom m’échappe).

Enfin arrivé jusqu’à lui, un combat sans merci s’est entamé. Je me rappelle encore moi qui m’imagine vivre cette échauffourée. De la vermine descendait des murs tandis que des orques vulgairement armurés fonçaient sur nous de toutes parts. La violence de nos actes et l’incroyable de cette aventure m’ont marqué l’imaginaire au fer rouge (c’est un peu là que je suis devenu GEEK oui).

En tant qu’archer et grâce à mes excellents jets de dés, je réussis à bander mon arc magico-destructrice suffisamment habilement pour réussir à tuer, à bonne distance, notre ennemi d’une flèche dans la gorge (de m’expliquer mon Maître du jeu dans une volubile description sanglante et passionnée).

Ce fut épique, surtout parce qu’un de nos compagnons d’aventures, un nain vraiment drôle/stupide, joué par mon meilleur ami de l’époque, fut tué durant cet affrontement.

Ma sensibilité, qui m’était toujours inconnue à cette période de ma vie, se fit voir dans de nombreuses larmes et une étreinte de plusieurs secondes entre moi et mon ami Bob (dit le nain drôle/stupide et mort). Le tout autour d’une table remplie de fiches de personnages salies par de nombreuses tâches de RC Cola, de dés plus colorés les uns que les autres et des graisseux et boutonneux joueurs que nous étions.

Par la suite, il y a eu le film Hook et son excellente adaptation et interprétation de l’univers de Peter Pan. Un univers sans fin, où vieillir est impossible, où les problèmes des adultes sont réservés aux pirates et où la mort n’est que partie remise éternellement.

C’est dans cet univers que le coup de vent qui a suivi la lame dans le cœur de Rufio m’a bouleversé et me fera pleurer (comme un enfant) encore et encore. Naïf et prêt à tout imbiber l’imaginaire du monde, j’étais et serai encore en larmes chaque fois que je verrai cet Enfant Perdu mourir de la lame impétueuse de Capitaine Crochet. On venait d’ébranler dans ma conception des possibles tant d’improbables certitudes.

Ce fut mes premiers contacts avec la mort.

Par la suite, il y a eu des jeux vidéo marquants comme Last of Us.

De nombreux films.

Bien des nouvelles d’actualités.

Un ou deux romans.

Toutefois, ce n’est que tard dans ma vie que j’ai fait face à de vrais décès. J’étais adulte lorsque mes grands-parents sont décédés. Je me souviens ne pas avoir pleuré (ou très peu). L’an dernier une personne proche de moi s’est enlevé la vie. J’y ai énormément pensé et je mentirais en disant que cet événement n’a pas changé le cours de ma vie. Mais, pour une raison que j’ignore, je n’ai pas pleuré comme je l’aurais cru. Comme un enfant.

Voilà.

C’est ma relation à la mort. C’est à la fois futile et étrangement détaché.

J’aurai versé plus de larmes en jouant à incarner un aventurier elfe qui perd un compagnon nain qu’en apprenant la mort de gens que j’ai aimé dans la vraie vie.

C’est pas grave je sais, mais c’est ça

On le vit tous différemment, oui je sais

Mais quand même

 

Sans rancune le temps que j’ai utilisé à brasser des dés.

Sam