Gun sur la tempe

Connaissez-vous le jeu du « gun sur la tempe »?

Je vous rassure immédiatement, il n’implique aucune violence. Pour résumer, c’est un jeu qui se joue à deux ou plus dans lequel chacun doit poser une question du type ultimatum aux autres interlocuteurs et répondre à tour de rôle. Le but étant de devoir faire un choix entre deux propositions généralement loufoques et/ou extrêmes.

Ex.: T’as un gun sur la tempe, tu as le choix entre puer fort toute ta vie ou être obligé de boire de l’urine chaque fois que tu as soif; lequel tu choisis?

Bon, cet exemple peut sembler grossier ou trop enfantin pour certains, mais, croyez-moi, ça peut aller très loin en terme de propositions intenses et elles sont toutes permises. Il n’est pas possible de reculer, faire un choix est inévitable et obligatoire. S’ensuit généralement un débat entre les participants à savoir pourquoi telle option est meilleure que l’autre, débat plutôt intéressant, car les participants prennent conscience de chaque conséquence reliée à l’une ou l’autre des deux options. Bref, ils appréhendent et évaluent les risques. Et c’est exactement là où je veux en venir: l’appréhension.

Nous sommes tous confrontés tôt ou tard à faire des choix, et ce souvent en ayant tendance à évaluer les conséquences de ces choix sur notre futur à court, moyen et long terme, moi la première. Ce n’est pas faute de vouloir mal agir, mais simplement un mécanisme de protection dû à notre vécu, aux expériences déjà visitées. Plus nous vieillissons et plus les expériences s’accumulent, de sorte que nous ne voulons pas faire ou répéter une erreur et que nous prenons conscience des résultats possibles. Le tout afin de ne pas regretter et se faire mal. C’est con, mais on tombe tous dans le piège à un moment donné.

L’affaire avec cette maudite appréhension, c’est qu’elle possède un très mauvais penchant, car aucune expérience n’est pareille à une autre, même quand ça se joue sur de petites différences. C’est tout simplement une autre aventure et chaque aventure apporte son lot de bon et de mauvais.

Prenez, par exemple, une portion de la population que je considère comme ayant moins de choix ou devant faire des choix plus drastiques (oui, peut-être en ayant moins conscience des choses, mais quand même): les enfants. Ils doivent apprendre à marcher, parler, name it, de même que souvent se faire dire ce qu’ils doivent faire. Mais vous ne verrez pas beaucoup d’enfants avec un développement normal se dirent : « Fuck it, moi je marcherai pas, je suis tombé trop souvent, je veux pas revivre ça et j’en peux plus; c’est pas fait pour moi ces affaires-là! »

Non, ils recommenceront tant et aussi longtemps que ça ne sera pas venu, même si ça implique qu’ils tomberont encore et encore, que ça va faire mal, mais que ça en vaut la chandelle et ils le savent. Ils voient que les autres s’en sont sortis malgré tout.

C’est cette volonté-là qu’il faut conserver, oui au risque de s’en prendre quelques-unes en pleine gueule.

Sans rancune, l’enfant qui préfère ramper.

Alicia Vigneault Gharbi