Choisir son succès

“Hey, j’ai une p’tite question pour toi. Est-ce que ça te tente de participer à Sans rancune? »

Après un moment d’hésitation, je me suis dis pourquoi pas. Après tout, j’ai rarement l’opportunité d’écrire autre chose que des notes de suivi d’élèves et des lettres de présentation.

Mike me confirme le sujet, « Le Succès ».

Ouin, je ne suis pas certain d’être la personne la mieux placée pour discuter de succès. Surtout, quand je regarde autour de moi. Je sais, se comparer ne sert à rien, mais le succès, qu’on le veuille, ou non a beaucoup plus de valeur si les gens autour de soi le reconnaisse. Qui n’a pas déjà appelé (texté ou facetimé pour les milléniaux) un proche ou un ami lorsqu’on obtient de la réussite dans un domaine.

Quand tu as le même cercle d’amis depuis un bon moment, inévitablement tu vois les sujets de conversations évoluer. Maintenant que mes amis et moi atteignons la trentaine, nous parlons beaucoup plus de job, de maison et d’enfants. Ça semble très cliché j’en conviens, mais qu’est-ce que vous voulez, c’est la vie! C’est comme si c’est trois sphères devaient dictées le niveau de succès d’une personne.

D’habitude je résume ma situation assez rapidement. Financièrement, je cumule encore deux, trois emplois simultanément et foncièrement, j’habite toujours en appartement. Ne parlons pas de la situation matrimoniale, seul ça ne fait pas des enfants forts. S’en suit généralement un petit sourire discret accompagné d’un chaleureux « Ça va finir par ce placer » et on passe rapidement à la prochaine personne. Bref, vous comprendrez que je ne semble pas être un exemple de succès aux yeux des autres. Pourtant, je n’ai pas à me plaindre. En tant qu’enseignant et coach, je fais ce que j’aime et je pense avoir un impact positif sur les jeunes autour de moi. Malheureusement, ce genre de réalisations, dans une société comme la nôtre, semble avoir moins de valeur qu’un emploi payant et « prestigieux ». Ce que je n’avais pas réalisé, à l’époque, c’est que certaines professions sont pratiquement associées au succès alors que d’autres diplômes ne semblent bons qu’à accrocher au mur. J’exagère? Suivez les prochaines élections (2018 en passant) et vous ne verrez pratiquement que des candidats issus de domaines qui sont perçus comme des gages de succès (médecin, avocat, ingénieur).

Je vous avoue qu’au début, c’était des conversations qui me gênaient un peu pour ne pas dire beaucoup. Après tout, personne n’apprécie se faire rappeler que sa situation devrait ou pourrait être mieux. Avec le temps, je suis beaucoup plus zen face au succès. Est-ce la sagesse ou la maturité qui entre enfin je ne saurais dire, mais je m’en fais beaucoup moins. Et bien honnêtement, ça enlève un poids. Mon succès je le prends dans les sourires et les remerciements des jeunes que j’ai aidés plutôt que dans le chèque de paye et la grosse baraque et c’est mille fois plus satisfaisant et valorisant!

Sans rancunes les amis, j’ai tout de même hâte à notre prochaine soirée.